Bernard Thibault, le 28 février 2011 au palais de l'Elysée à Paris

Préoccupée par l'offensive lancée par le parti de Marine Le Pen vis-à-vis des salariés et de leurs représentants, l'intersyndicale (CFDT, CGT, FSU, Solidaires et Unsa) "devrait élaborer un texte commun" sur ce sujet lors d'une réunion prévue lundi, selon la CFDT et l'Unsa.

Axe principal : "on ne peut pas à la fois avoir un mandat dans un syndicat républicain, qui lutte contre les discriminations, et appartenir à un parti qui défend la préférence nationale".

Mercredi, Bernard Thibault avait mis cet aspect en avant, prenant la plume pour exhorter tous les syndicats de la CGT à "une grande vigilance et une réactivité collective".

Cette mise au point intervenait après la suspension le 21 février de Fabien Engelmann, secrétaire du syndicat CGT des agents territoriaux de la mairie de Nilvange (Moselle), qui portera les couleurs du FN aux cantonales de mars.

Selon le numéro un de la centrale de Montreuil, c'est ni plus ni moins que "l'identité de l'organisation qui est en jeu". Et ce n'est pas un hasard si Bernard Thibault a dépêché à Metz, pour une réunion avec les cadres départementaux, Francine Blanche, membre de la direction et principale coordinatrice du mouvement de grève, en 2010, de sans-papiers en quête de régularisation.

Comme son homologue cégétiste, Alain Olive (Unsa) "prend au sérieux" ce qu'il appelle "une offensive de com' mais aussi une offensive réelle du FN pour pénétrer les organisations syndicales", faute d'avoir été autorisée par les tribunaux à créer la sienne.

Force ouvrière aussi a été contrainte de réagir, en découvrant cette semaine la candidature FN aux cantonales dans le Nord d'une de ses déléguées régionales, par ailleurs ex-sympathisante socialiste, qui a été suspendue de son mandat.

Mais, à la différence des autres syndicats, son numéro un, Jean-Claude Mailly, met sur le même plan le FN et les autres partis. Tout responsable, a-t-il dit, "a interdiction de se présenter aux élections" politiques, quelle que soit la formation.

M. Mailly a envoyé mercredi un message à ses troupes pour leur rappeler cette règle statutaire, a-t-il précisé à l'AFP. Même chose pour le président de la CFTC, Jacques Voisin, qui va toutefois plus loin et déclare l'appartenance à la centrale chrétienne "incompatible avec l'adhésion ou le soutien à des formations politiques militantes en faveur de systèmes totalitaires ou xénophobes". Chef du FN à la région Lorraine, Thierry Gourlot n'en reste pas moins à ce jour membre de la CFTC cheminots.

Quant à la CFDT, elle se veut intransigeante. Le FN, "c'est une organisation profondément raciste et homophobe, l'ennemi absolu", selon son secrétaire national, Jean-Louis Malys.

Au-delà des dirigeants nationaux, d'autres syndicalistes se mobilisent. Formé de militants CGT, CFDT, FSU et SUD, le collectif VISA (Vigilance et Initiatives syndicales antifascistes) vient d'éditer une brochure intitulée "FN, le pire ennemi des salarié-e-s" et de lancer une pétition dénonçant "le caractère mensonger et nocif de +l'offre politique+ de l'extrême droite".

L'offensive "sociale" de Marine Le Pen faciliterait-elle aujourd'hui son implantation ? "Que l'extrême droite s'adresse aux ouvriers en jouant sur une fibre anticapitaliste, ce n'est pas nouveau du tout", affirme Jean-Louis Malys, s'appuyant sur les cas du fascisme italien et du nazisme allemand. Il n'en juge pas moins la situation "très préoccupante".