Jack Lang et Laurent Gbagbo , le 29 mars 2008 au palais présidentiel d'Abidjan

Face à la situation explosive en Côte d'Ivoire, où les deux camps en présence revendiquent la victoire à la présidentielle, le PS, membre comme le FPI (Front populaire ivoirien) de Laurent Gbagbo, de l'Internationale socialiste, marche sur des oeufs.

Dans un communiqué publié jeudi soir, avant que le Conseil constitutionnel ne déclare M. Gbagbo vainqueur et invalide les chiffres qui donnaient son rival, Alassane Ouattara, gagnant, le PS a appelé "chacun, et en particulier le pouvoir en place, à respecter les résultats de l'élection".

Un message répété vendredi soir par son numéro deux Harlem Désir, après que l'ONU a reconnu la victoire de M. Ouattara. "Gbagbo doit se conformer à la demande de l'ONU. Quand on demande au peuple de voter, on respecte son choix", a-t-il écrit sur Twitter.

Officiellement, le PS et M. Gbagbo n'entretiennent plus de relations depuis 2004, année où le numéro un socialiste de l'époque, François Hollande, avait déclaré le chef de l'Etat ivoirien "infréquentable".

Après 2000 et l'élection de M. Gbagbo, "les relations se sont dégradées, il y a eu des zones d'ombre", rappelle M. Hollande à l'AFP, citant l'assassinat du journaliste de RFI Jean Hélène, en octobre 2003, et surtout les événements de novembre 2004: bombardement de l'aviation ivoirienne causant la mort de 9 soldats français à Bouaké, affrontements à Abidjan où plus de 50 manifestants ivoiriens étaient tombés sous les balles françaises, départ en catastrophe de 8.000 Français.

"Tout ça m'a amené à déclarer Gbagbo infréquentable. C'était une position assez forte à l'époque, mais je pense qu'il fallait être très clair", ajoute M. Hollande.

Toutefois, cette position sera loin de faire l'unanimité au PS.

Plusieurs personnalités socialistes, au premier rang desquelles les députés Henri Emmanuelli, Jack Lang, et Jean-Marie Le Guen, entretiennent des relations personnelles avec M. Gbagbo, et ne lui ont jamais retiré leur soutien. Au contraire. Le 28 octobre dernier, trois jours avant le premier tour de la présidentielle, M. Emmanuelli déclare à France 24 qu'il "souhaite que Gbagbo soit réélu".

Une dizaine de jours auparavant, trois personnalités socialistes, le secrétaire à l'international Jean-Christophe Cambadélis accompagné de M. Le Guen, et, séparément, Jack Lang, ont fait le voyage à Abidjan. Dans un entretien à Rue 89, M. Lang ne se cache pas d'être venu apporter "son soutien amical" à Gbagbo, "un camarade socialiste, un progressiste".

"Il faut distinguer les prises de position individuelles et les prises de position officielles", assure à l'AFP M. Cambadélis, "je m'étais rendu en Côte d'Ivoire pas pour donner des consignes de vote mais pour soutenir le processus électoral".

Vendredi, M. Emmanuelli est revenu à la charge, signant un communiqué dénonçant "les donneurs de leçons" en France, qui mènent selon lui "une campagne de suspicion et de dénigrement à sens unique dirigée contre les autorités ivoiriennes", autrement dit le camp Gbagbo.

Les relations entre M. Gbagbo et certains au PS sont "complexes parce que personnelles", souligne un dirigeant socialiste.

"Dans l'intimité (c')est un garçon cultivé, agréable, sympathique, pas plus infréquentable que Ouattara", juge cette source, rappelant que M. Gbagbo, opposant historique de Felix Houphouët Boigny, s'était exilé dans les années 80 à Paris où s'étaient noués les liens d'amitiés.