Serge Dassaul et Bruno Piriou, le 11 novembre 2010 à Corbeil-Essonnes

Avant le lancement officiel de la campagne lundi, les trois candidats à l'élection, la troisième depuis 2008, sillonnent la ville de 40.000 habitants, distribuant des tracts et prêchant la bonne parole.

Le 22 septembre, le Conseil d'Etat avait invalidé l'élection de Jean-Pierre Bechter de l'automne 2009, en raison de la mention "secrétaire général de la fondation Serge Dassault" sur son bulletin de vote, de nature à créer une confusion avec l'ancien maire et industriel, alors inéligible.

M. Bechter l'avait emporté de 27 voix.

Cette année, la liste UMP, dirigée par le maire sortant Bechter, avec Serge Dassault en dernière position, sera opposée à la gauche unie derrière Bruno Piriou (PCF), qui propose de "mettre fin au système Dassault", et à l'ancien adjoint au maire Jean-François Bayle (SE), qui souhaite enrayer "la guerre froide" qui sévit, selon lui, dans la ville.

A 85 ans, Serge Dassault, maire de la commune de 1995 à 2008, dont la première candidature remonte à 1977, est présent dans tous les esprits.

Jacques Picard (Verts) évoque un "climat politico-mafieux". En 2009, le Conseil d'Etat avait invoqué des "dons d'argent" irréguliers à Serge Dassault pour invalider son élection. Les soupçons de pratiques illégales ne se sont jamais vraiment dissipés.

En septembre, le Canard Enchaîné faisait état de "nombreux versements à une bande de lascars +bien connus des services de police+". Et le 18 octobre, Libération publiait le témoignage d'un habitant des Tarterêts assurant avoir "encaissé 100.000 euros après avoir convaincu des proches de voter pour Dassault et/ou Bechter". Des accusations vivement démenties par M. Bechter.

"Ils écrivent ce qu'ils veulent, tout le monde s'en fout", rétorque le candidat UMP. Porter plainte pour diffamation? "Les plaintes, les contre-plaintes, on s'en fout, c'est des magouilles à trois balles", dit-il.

Dans un livre publié en 2008 racontant son passé de "chef de gang", Lamence Madzou, originaire du quartier Montconseil de Corbeil, assure que l'arrivée de Serge Dassault à la tête de la commune "a contribué à faire empirer et à généraliser les problèmes de quartiers".

"Les jeunes des Tarterêts bénéficiaient de tous les avantages que pouvaient leur offrir la municipalité: vacances gratuites, projets à profusion, aides en tous genres. Ceux de Montconseil avaient l'impression que plus on cassait, plus on était récompensé. Alors c'est ce qu'ils ont fait eux aussi", continue-t-il.

Un samedi matin pluvieux début novembre, sur le marché du quartier des Tarterêts, les habitants, lassés d'élections à répétition, rechignent à s'exprimer.

"Je suis perdu, je ne sais pas si je vais voter, je ne sais pas qui est mieux", lâche Mawloud Bores, 27 ans.

Cécilia, qui préfère taire son nom, fustige ces "dons d'argent" qui avaient entraîné en juin 2009 l'inéligibilité de Serge Dassault pour un an. "C'est immoral!", lance-t-elle.

Seules quelques personnes "touchent ces sommes", jure Nawfal Lamia, 24 ans, qui soutient la liste de la gauche. Mais cela crée "un sentiment d'injustice".