Des producteurs de lait déversent le contenu d'un camion citerne de lait à Changé, à 100 km de Rennes, pour protester contre le prix du lait, dans la nuit du 3 au 4 août 2010

"Lorsque les prix s'effondrent, la répercussion est immédiate sur les revenus des producteurs qui ont perdu près de 50% de leurs revenus en 2009 (...). Maintenant que les prix remontent, je souhaite que les producteurs soient correctement rémunérés", a déclaré M. Le Maire sur RTL.

"Ils ne le sont pas aujourd'hui, je souhaite que les industriels et les coopératives fassent les efforts nécessaires pour que les producteurs soient rémunérés à leur juste valeur", a-t-il insisté.

La position du ministre, qui pourrait aider à débloquer la situation en obligeant à la reprise des négociations, intervient alors que les producteurs ont relancé ces derniers jours des actions pour protester contre le refus des laiteries d'augmenter les prix du lait livré de juillet à septembre.

Dans la nuit de mardi à mercredi, quelque 150 producteurs de lait ont encore manifesté à Changé, près de Laval (Mayenne).

Ce coup de pouce du gouvernement intervient aussi alors que les syndicats majoritaires de producteurs se retrouvent mercredi après-midi pour définir une stratégie face aux industriels.

Un point de presse aura lieu à l'issue de la réunion qui regroupera des représentants de la Fédération nationale des Syndicats d'Exploitants agricoles (FNSEA), des Jeunes Agriculteurs (JA) et de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL).

Le président de la FNSEA, principal syndicat agricole, Jean-Michel Lemétayer, a appelé de son côté mercredi matin les industriels à sortir "de l'impasse": ils "ont encore quelques jours pour entendre raison, se remettre autour de la table et faire en sorte que, finalement, on sorte de cette impasse (...) pour au moins tout le dernier semestre de l'année 2010".

"Quand les industriels n'entendent pas raison, malheureusement les producteurs sont obligés de passer à l'action et je trouve l'attitude des industriels irresponsable", a-t-il ajouté sur France Info.

Contactée par l'AFP, la Fédération nationale de l'industrie laitière (FNIL) ne souhaitait pas encore réagir en fin de matinée.

Les transformateurs refusent d'octroyer une hausse moyenne de 3,1 centimes par litre de lait comme le souhaitent les producteurs de la FNPL qui demandent l'application de l'accord signé le 3 juin 2009. Cette hausse aboutirait à un prix moyen de 33,1 centimes le litre de lait facturé au producteur.

Mais les entreprises ont décidé de prix bien inférieurs, certaines d'entre elles offrant une augmentation d'environ 1,3 centime par litre.

Elles arguent de la nécessité d'un rapprochement entre les prix français et allemands, ces derniers étant inférieurs.

Ce différentiel, selon elles, a entraîné en 2009 une augmentation des importations allemandes, fragilisant la filière en France.

Les producteurs font valoir, eux, que les prix sur les marchés ont augmenté. M. Le Maire a abondé dans leur sens, rappelant que l'Etat avait dépensé 300 millions d'euros, via la Commission européenne, pour faire remonter les prix.

"Que l'on sorte de ce système où tous les trois mois il y a une crise sur le prix du lait, ce n'est pas acceptable", a lancé le ministre, alors que les producteurs ne savent toujours pas combien aujourd'hui ils seront payés pour le lait livré en juillet.