Rached Ghannouchi (à gauche), cofondateur du parti Ennahda, au cours d'une réunion, le 27 octobre 2011 à Tunis

"La démocratie, c'est pour tout le monde", a assuré devant la presse à Tunis le chef d'Ennahda, Rached Ghannouchi, qui a tendu la main à toutes les forces du pays.

Ennahda dispose de 90 élus sur 217 au sein de la nouvelle assemblée constituante issue de l'élection du dimanche 23 octobre.

Il devance les quatre principales formations de la gauche tunisienne --le Congrès pour la République (CPR), Ettakatol, le Parti démocrate progressiste (PDP) et la coalition du Pôle démocratique moderniste (PDM)--, qui totalisent 73 sièges.

Les autres sièges reviennent à des partis de moindre importance ou des indépendants.

"On demande à tous nos frères, quelles que soient leurs orientations politiques de participer à l'instauration d'un régime démocratique", a poursuivi M. Ghannouchi.

"La révolution n'a pas eu lieu pour détruire un Etat, mais pour détruire un régime. Nous sommes déterminés à protéger l'Etat tunisien", a-t-il affirmé.

Dans le même temps, un couvre-feu a été ordonné à Sidi Bouzid (centre), où la mort d'un vendeur ambulant en décembre 2010 avait lancé la révolution tunisienne.

La permanence d'Ennahda et plusieurs bâtiments administratifs, dont la municipalité et le tribunal, ont été mis à sac et pillés après l'annonce des résultats de l'élection.

Les manifestations se poursuivaient vendredi et M. Ghanoucchi, qui a lancé un appel au calme, a affirmé voir dans ces troubles "la main du RCD dissous", l'ancien parti du président Zine El Abidine Ben Ali.

Les protestataires contestent l'invalidation par la commission électorale de la liste "Pétition populaire" de l'homme d'affaires tunisien Hechmi Haamdi, vainqueur dans cette circonscription, sa région natale.

Les islamistes, interdits, persécutés, emprisonnés ou condamnés à l'exil par la dictature de Ben Ali, se retrouvent en position de force dans la future assemblée qui va devoir s'atteler à l'élaboration d'une nouvelle constitution.

Les tractations entre les partis ont commencé peu après le scrutin de dimanche mais ne pourront formellement aboutir qu'après la première convocation de la nouvelle assemblée élue, qui devra d'abord nommer un nouveau président de la République, qui, lui-même, désignera le Premier ministre.

Ennahda a d'ores et déjà indiqué que son numéro deux, Hamadi Jebali, 62 ans, qui a passé seize années de sa vie en prison --dont 10 à l'isolement-- était candidat à la direction du gouvernement.

Compte tenu des inquiétudes que suscitent en Tunisie et à l'étranger l'accession au pouvoir des islamistes, "il leur appartient désormais de rassurer le pays", souligne vendredi le quotidien "La Presse".

Ennahda accède à la tête de l'Etat sans majorité absolue et "c'est tant mieux!" se félicite le quotidien car, ajoute-t-il, "ses dirigeants auront à exercer le pouvoir avec l'obligation de toujours expliquer et de justifier leurs propositions ou décisions".

"La Presse" s'interroge sur la capacité d'Ennahda à tenir ses engagements quant au respect des acquis démocratiques (statut de la femme, libertés fondamentales, etc) "si la base ou les doctrinaires religieux exigent d'être plus énergiques et d'arrêter les compromis".

M. Ghannouchi a réaffirmé son "engagement envers les femmes de Tunisie pour renforcer leur rôle dans la prise de décision politique, afin d'éviter toute marche arrière sur leurs acquis". 42 des 49 femmes élues au sein de la nouvelle assemblée sont membres de son parti, a-t-il souligné.

Mais, pour "La Presse", les dirigeants islamistes "doivent savoir que s'ils renient leurs engagements (...), ils trouveront en face d'eux une société tunisienne mûre, responsable et consciente de ses intérêts et de sa force".