Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, le 18 décembre 2011 à Téhéran

"Si les pays pétroliers du Golfe Persique donnent le feu vert pour remplacer le pétrole iranien et coopèrent avec les pays aventuriers (occidentaux), ils seront responsables des incidents qui se produiront et leur geste ne sera pas amical", a déclaré le représentant de l'Iran auprès de l'Opep, Mohammad Ali Khatibi.

Plusieurs responsables occidentaux ont affirmé ces dernières semaines que des pays du Golfe, en particulier l'Arabie saoudite, allaient compenser le déficit d'offre en cas d'embargo contre les exportations pétrolières iraniennes, afin de convaincre les pays asiatiques, en particulier le Japon et la Corée du Sud, de participer à la démarche.

"Si les pays du Golfe proclament clairement leur intention de ne pas compenser le pétrole iranien en cas de sanctions, les pays aventuriers ne seront pas enclins" à prendre de telles décisions, a estimé M. Khatibi, dont le pays est accusé de développer l'arme atomique sous le couvert d'un programme nucléaire civil, malgré les dénégations de Téhéran.

Cité dimanche par le quotidien saoudien Al-Watan, le ministre saoudien du Pétrole, Ali al-Nouaïmi, a assuré que son pays, qui produit actuellement 10 millions de barils de pétrole par jour (mbj), était "capable de produire 12,5 mbj, de répondre aux besoins du marché mondial et de satisfaire toute augmentation de la demande des pays consommateurs".

L'Union européenne (UE) doit finaliser le 23 janvier les modalités d'un embargo sur le pétrole iranien, qui pourrait être mis en place sur six mois.

L'Iran, deuxième producteur de l'OPEP, produit 3,5 millions de barils de pétrole par jour et tire 80% de ses devises de ses exportations pétrolières. Environ 18% des exportations pétrolières de l'Iran partent vers l'UE, essentiellement l'Italie (180.000 b/j), l'Espagne (160.000 b/j) et la Grèce (100.000 b/j).

Les principaux clients asiatiques du pétrole iranien, la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l'Inde et la Turquie, se sont montrés réticents envers un embargo sur le pétrole iranien, ou l'ont rejeté, tout comme la Russie.

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Ramin Mehmanparast, a jugé que l'objectif des Etats-Unis était en fait "d'affaiblir ses futurs rivaux économiques qui sont la Japon, la Chine et l'Inde" en déstabilisant le marché pétrolier.

Face à ces possibles nouvelles sanctions, l'Iran a soufflé le chaud et le froid ces dernières semaines, promettant de répliquer en fermant le détroit d'Ormuz, par où transite 35% du trafic pétrolier maritime mondial, avant de revenir sur ces menaces.

Les Etats-Unis ont envoyé une lettre à l'Iran à propos du détroit, a affirmé dimanche M. Mehmanparast, cité par l'agence officielle Irna. Selon le New York Times, la Maison Blanche a prévenu l'ayatollah Ali Khamenei que les Etats-Unis réagiraient à une éventuelle fermeture du détroit.

Allant dans le sens de l'appaisement, M. Mehmanparast a déclaré dimanche: "le détroit d'Ormuz est un canal stratégique pour la fourniture de l'énergie dont le monde a besoin et va de soit qu'assurer sa sécurité est une des priorités de la politique étrangère de l'Iran".

Dans le même temps, en Israël, le ministre des Affaires stratégiques, Moshé Yaalon, a exprimé dimanche sa "déception" face aux "hésitations" de l'administration américaine sur un durcissement des sanctions contre le programme nucléaire iranien.

La radio publique israélienne a d'autre part annoncé que les Etats-Unis et Israël avaient reporté pour des raisons budgétaires au dernier trimestre 2012 d'importantes manoeuvres conjointes prévues au printemps.

Cette décision, qui n'a pas été confirmée officiellement, survient au moment où les Etats-Unis et Israël semblent en porte-à-faux sur le dossier iranien. Selon le Wall Street Journal, Washington s'inquiète de ce qu'Israël, malgré ses objections, prépare une action militaire contre l'Iran.

Le chef de la diplomatie britannique, William Hague, a déclaré dimanche que les pays occidentaux n'envisagaient pas d'intervenir militairement en Iran.