La place Tahrir au Caire envahie par les manifestants anti-gouvernementaux le 4 février 2011

M. Moubarak "doit prêter attention à ce que réclament les gens et prendre une décision ordonnée, constructive et sérieuse", a déclaré M. Obama en assurant que "des discussions" s'étaient engagées sur la transition politique.

"Je pense que le président Moubarak se soucie de son pays. Il est fier, mais c'est aussi un patriote", a-t-il ajouté, suggérant, mais ne demandant pas clairement son départ.

La Maison Blanche a par ailleurs affirmé que la révolte populaire, lancée le 25 janvier, ne s'arrêterait pas sans réformes "concrètes".

Peu avant, le Premier ministre égyptien Ahmad Chafic avait exclu que la proposition de transfert de pouvoir entre le raïs égyptien et son vice-président, Omar Souleimane, soit "acceptée", comme le souhaiteraient les Etats-Unis selon le New York Times.

Alors que des centaines de milliers d'Egyptiens sont descendus dans les rues pour ce "vendredi du départ", les dirigeants des 27 pays de l'Union européenne ont demandé de leur côté que la transition démocratique commence "maintenant".

Ils ont menacé à demi-mot de revoir leur aide économique à l'Egypte si les violations des libertés publiques se poursuivaient.

"Nous voulons un processus démocratique sans délai, mais nous laissons aux Egyptiens le soin de déterminer qui doit le conduire et comment", a plaidé quant à lui le chef de l'Etat français Nicolas Sarkozy.

L'opposant égyptien Mohamed ElBaradei a indiqué à Al-Jazira qu'il n'avait "pas d'objection" à se porter candidat si le peuple lui demandait, mais sa "première priorité" est "une transition vers un régime démocratique".

Alors que les appels au respect de la liberté de presse se multipliaient, un journal gouvernemental a annoncé le décès vendredi d'un journaliste égyptien de 36 ans, Ahmed Mohammed Mahmoud, touché la semaine dernière par un tir de "sniper". Selon le Comité de protection des journalistes (CPJ) basé à New York, il s'agit du premier journaliste à perdre la vie en Egypte depuis le 25 janvier.

Alors que la Société interaméricaine de Presse (SIP) a demandé aux autorités égyptiennes de respecter les traités internationaux sur la protection du travail de presse, le ministre égyptien des Finances Samir Radwan a présenté ses excuses pour les cas de "mauvais traitements" infligés aux journalistes et manifestants par les forces de l'ordre, dans une interview à CNN.

Vendredi soir place Tahrir (Libération) dans le centre du Caire, plus de 10.000 personnes s'étaient rassemblées, prêtes à y passer une nouvelle nuit en bravant le couvre-feu dont la durée a été réduite de 19H00 à 06H00.

Des coups de feu nourris ont été entendus dans la nuit sur la place, semant pendant quelques minutes la panique, selon un correspondant de l'AFP.

Sur une banderole géante, les manifestants affichaient leurs revendications: départ du président Moubarak, dissolution du Parlement et mise en place d'un gouvernement de transition.

Certains chantaient, d'autres scandaient "Va-t'en, va-t'en" à l'adresse de M. Moubarak.

Les manifestants ne seront pas délogés par la force, a assuré M. Chafic.

La mobilisation s'est déroulée dans le calme contrairement à mercredi et jeudi, où de violents affrontements entre pro et anti-Moubarak avaient fait huit morts et 915 blessés selon le ministère de la Santé. Pour éviter de tels incidents, l'armée a déployé vendredi des dizaines de véhicules créant une zone tampon.

La mobilisation a également été forte en province, notamment à Alexandrie et Menoufiya (nord), Mahalla et Mansoura (delta du Nil), Suez (est), Assiout (centre) et Louxor (sud).

Le mouvement de contestation avait appelé à une mobilisation générale au 11e jour d'une révolte qui a fait au moins 300 morts selon un bilan de l'ONU non confirmé par d'autres sources. Le ministère de la Santé a fait état de 5.000 blessés depuis le 28 janvier.

Le chef de la Ligue arabe Amr Moussa, très populaire dans son pays, s'est rendu dans la matinée place Tahrir pour aider à "l'apaisement". Il n'a pas exclu de se présenter à la succession de M. Moubarak, qui a dit ne pas vouloir briguer un sixième mandat après 30 ans au pouvoir.

Le ministre de la Défense, Mohamed Hussein Tantaoui s'est également rendu sur la place. "L'homme vous a dit qu'il n'allait pas se représenter", a-t-il lancé à la foule à propos de M. Moubarak.

Dans une interview non filmée à la chaîne américaine ABC, M. Moubarak a dit qu'il "en avait assez d'être président" mais qu'il ne pouvait quitter son poste "de peur que le pays ne sombre dans le chaos", selon la journaliste Christiane Amanpour.

Le guide suprême des Frères musulmans, principale force d'opposition, Mohammed Badie, a déclaré être prêt au dialogue avec M. Souleimane, mais uniquement après le départ de M. Moubarak, et s'est dit favorable à une "période transitoire que dirigera le vice-président".

Le guide suprême d'Iran, Ali Khamenei, dont le pays est en froid avec Le Caire en raison de son traité de paix avec Israël, a appelé à un régime islamique en Egypte, position vivement condamnée par Washington.

La chaîne privée Canal+ a annoncé vendredi soir la libération de deux journalistes d'une agence de presse française qui travaillaient pour elle, arrêtés jeudi par des forces de sécurité au Caire.

Dans la nuit, l'ONG de défense des droits de l'homme Amnesty International a annoncé que deux de ses employés arrêtés la veille au Caire avaient été libérés.