Manifestation à Tunis le 18 janvier 2011

Le président par intérim Foued Mebazaa et le Premier ministre Mohammed Ghannouchi ont démissionné mardi du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), qui a régné sans partage pendant 23 ans sur la vie politique tunisienne.

Le RCD a par ailleurs annoncé, dans un communiqué avoir radié de ses rangs l'ex-président Ben Ali et six de ses collaborateurs.

"Ce n'est pas assez", a aussitôt réagi un opposant interrogé par l'AFP. "Je ne pense pas que la population va accepter. Les gens veulent en finir définitivement avec le RCD", a déclaré Abdellatif Abid, membre du bureau politique du Forum démocratique du travail et des libertés (FDTL), parti d'opposition qui a annoncé mardi la "suspension" de sa participation dans le gouvernement d'union nationale, où il disposait d'un ministère.

Les Etats-Unis ont estimé mardi soir que le "changement en cours doit s'élargir, s'approfondir. Le gouvernement doit trouver le moyen de dialoguer avec les éléments de la société tunisienne, et répondre à ce qu'il entend", selon le porte-parole du département d'Etat, Philip Crowley.

Ces annonces interviennent sur fond de forte contestation en Tunisie de la composition du nouveau gouvernement formé lundi, où ont été reconduits à des postes clés huit membres de l'équipe sortante de l'ex-dictateur, tous membres du RCD, suscitant la colère de la foule et la démission de trois ministres issus de la puissance centrale syndicale UGTT.

"Cela ne nous intéresse pas de faire partie d'un gouvernement qui ne donne pas suffisamment d'assurances au peuple tunisien quant à la volonté de s'acheminer vers une transition démocratique réelle", a expliqué à l'AFP Abdeljelil Bédoui, l'un des ministres démissionnaires.

L'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), dont le rôle a été crucial dans les manifestations qui ont fait tomber le président Ben Ali, réfugié depuis vendredi en Arabie Saoudite, a annoncé qu'elle ne reconnaissait pas la légitimité du nouveau gouvernement.

"Nous ne participerons pas au gouvernement, à moins que sa composition soit revue de façon à ce que toutes les personnes qui ont eu des responsabilités ministérielles dans les gouvernements de Ben Ali en soient écartées", a précisé à l'AFP le secrétaire adjoint de la centrale, Abid Briki.

Le conseil national de l'Ordre des avocats tunisiens, qui joue un rôle très important dans la défense des droits de l'homme en Tunisie, a aussi demandé "la mise à l'écart des personnalités appartenant au parti de l'ancien régime.

Des milliers de Tunisiens ont manifesté leur colère à Tunis et dans plusieurs villes du pays, comme Sfax (centre-est), la métropole économique, et Sidi Bouzid (centre-ouest), le berceau de la "révolution du Jasmin".

A Sousse (centre-est) et Tataouine (sud), des manifestants ont escaladé la façade des sièges du RCD pour ôter et détruire les drapeaux et symboles du parti.

Dans la capitale, la police a violemment dispersé à coups de matraques et de gaz lacrymogènes un millier de manifestants, parmi lesquels, pour la première fois, des islamistes. "On peut vivre seulement avec du pain et de l'eau, mais pas avec le RCD", ont scandé les manifestants.

Le Premier ministre Ghannouchi a tenté de justifier son choix mardi sur la radio française Europe 1, en assurant que les ministres maintenus dans le gouvernement ont "les mains propres" et "une grande compétence".

Le parti islamiste tunisien interdit Ennahda (Renaissance), pourchassé par l'ancien régime, a annoncé qu'il allait demander sa légalisation pour pouvoir participer aux élections législatives annoncées d'ici la mi-juillet par le Premier ministre de transition. Par contre, la formation ne présentera pas de candidat à la présidentielle.

Ennahda, démantelé après les élections de 1989 où il avait obtenu 17% des voix, se présente comme un parti réformateur prônant un islam modéré et se dit proche de l'AKP turc, le parti islamo-conservateur au pouvoir à Ankara.

Il a réclamé une "amnistie générale" pour que ses nombreux membres en exil puissent rentrer au pays, à commencer par Rached Ghannouchi, le chef du parti réfugié à Londres.

Dans le même temps, Moncef Marzouki, opposant historique de la gauche laïque au régime de Ben Ali qui a annoncé qu'il sera candidat à la présidence, est rentré de Paris en Tunisie.

La télévision publique a montré mardi pour la première fois une cérémonie militaire en hommage à trois soldats tués ces derniers jours par des tirs de miliciens à Bizerte, ville portuaire au nord-ouest de Tunis.

Les violences pendant la révolte populaire et les troubles qui l'ont suivie ont fait 78 morts, pour la plupart des civils qui ont perdu la vie lors de la féroce répression policière, et 94 blessés, selon les autorités.