Mise à jour : lundi 18 octobre 2010 14:57 | Par AFP

L'édition russe du magazine Newsweek fermée pour des "raisons économiques"

Le groupe d'édition allemand Axel Springer a annoncé lundi la fin de l'édition russe du magazine américain Newsweek, "pour raisons économiques".


Un homme lit une édition russe du magazine Newsweek le 3 avril 2005 à Moscou

L'édition datée de lundi sera la dernière du Newsweek russe, après six ans d'existence. En vertu d'un accord de licence avec le groupe américain Newsweek Inc., Axel Springer éditait l'hebdomadaire depuis 2004.

Mais "malheureusement nous n'avons pas réussi à donner au titre une base économique pérenne", explique dans un communiqué, le groupe berlinois, éditeur du tabloïd allemand Bild et de nombreux journaux et magazines.

L'hebdomadaire faisait partie des quelques rares périodiques russes affichant une ligne éditoriale indépendante, dans un paysage dominé par les médias pro-Kremlin.

Son rédacteur en chef, Mikhaïl Fichman, a confirmé lundi que le Newsweek russe fermait pour des raisons économiques.

"Les raisons sont purement économiques. Le magazine ne générait pas de profit", a-t-il dit à l'antenne de la radio Echo de Moscou.

Dans sa dernière édition datée du 18 octobre, Russkiï Newsweek mettait à la Une, avec le titre "l'homme de Poutine", le nouveau maire de Moscou Sergueï Sobianine, nommé par le Kremlin après le limogeage en septembre de Iouri Loujkov à l'issue d'un conflit politique.

Un éditorial de Mikhaïl Fichman, sur le même sujet, était titré "Terminator-2", dans une allusion à la reprise en mains de la capitale russe.

Cette liberté de ton était l'image de marque du magazine. Il avait ainsi dénoncé l'année dernière dans une campagne publicitaire la manque d'indépendance de la justice russe.

Sur une affiche de l'hebdomadaire, un main maniant une marionnette était accompagnée du commentaire "La confiance dans la justice va croissante en Russie".

En août 2009, le magazine publiait un entretien avec l'ex-patron du pétrolier Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, en prison depuis 2003 dans une affaire considérée par de nombreux observateurs comme politique, dans lequel celui-ci dénonçait la violation du droit et des principes démocratiques.

Le magazine a revendiqué n'avoir "pas de sujet tabous ni de personnalités intouchables".

Son premier rédacteur en chef, Leonid Parfenov, était un journaliste vedette de la télévision privée NTV, évincé après la reprise en mains de la chaîne par le pouvoir.

L'actuel rédacteur en chef, Mikhaïl Fichman, a été visé en mars dernier par la diffusion par le site d'une organisation de jeunesse pro-Kremlin d'images présentées comme une vidéo pirate le montrant faisant usage de cocaïne aux côtés d'une jeune femme dévêtue.

Une seconde vidéo l'avait ensuite montré offrant un pot-de-vin à un agent de la police routière.

La disparition de Russkiï Newsweek réduit encore l'éventail des publications affichant une indépendance de ton, avec les quotidiens Kommersant et Vedomosti, l'hebdomadaire New Times et le tri-hebdomadaire Novaïa Gazeta.

Novaïa Gazeta, le journal où travaillait la journaliste Anna Politkovskaïa assassinée en 2006, a annoncé lundi craindre de fermer également, après que la justice russe a assimilé une de ses enquêtes consacrée au nationalisme russe à de la propagande fasciste.

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