Le président Nicolas Sarkozy et sa femme Carla Bruni-Sarkozy à l'Elysée le 13 mai 2011

Un seul, François Miquet-Marty (Viavoice) juge que "cette grossesse tombe bien" et que son impact "ne peut pas être négatif". Pour le patron de Viavoice, elle pourrait en effet "rajeunir" l'image du président auprès des "jeunes couples" et toucher "l'électorat de droite attaché aux valeurs familiales, les plus âgés aussi".

Le changement d'image ne toucherait pas que le futur papa puisque Carla Bruni-Sarkozy passerait "du statut d'artiste" conservant farouchement "son indépendance au registre" de jeune mère, explique François Miquet-Marty.

En bref, c'est la reconstitution d'une "famille à l'Elysée", avec la promesse d'une possible "image plus paternelle" pour Nicolas Sarkoy, moins "bling-bling" aussi.

Philippe Braud tempère cette analyse. Pour le chercheur en sociologie politique, il ne s'agirait que d'un "petit impact à la marge", qui pourrait tout de même avoir son importance puisque "le premier tour va se jouer dans un mouchoir de poche. Même un gain de un ou deux points sera décisif".

Selon lui, seuls "les électeurs flottants peu intéressés par la politique, ceux qui se décident au dernier moment" pourraient être sensibles à l'heureux évènement, car dans l'ensemble "l'image de Nicolas Sarkozy après quatre ans au pouvoir est déjà largement figée. Le niveau d'exaspération contre son style et sa personnalité est très élevé", poursuit le sociologue.

Même son de cloche à l'Ifop, où le directeur du département Opinion, Frédéric Dabi, "reste très prudent" et anticipe "un impact ténu". "Nicolas Sarkozy est le président le plus impopulaire de la Ve république", rappelle-t-il.

"Les Français évaluent le président surtout sur son action. Par exemple, en 2007, ce ne sont pas son divorce puis son remariage qui ont précipité sa chute dans les sondages mais la question du pouvoir d'achat et des promesses non tenues", détaille-t-il.

"Cela aura un impact nul", tranche Gaël Sliman. Le directeur du pôle Opinions de BVA est catégorique: si la grossesse rompt le morne fil de l'actualité présidentielle, "le regard des Français lui ne changera pas" et la médiatisation de la grossesse de la première dame pourrait même "agacer les gens".

Stéphane Rozès, président de CAP (Conseils Analyses et Perspectives) ne se fait pas d'illusion sur la capacité des Français à voir clair dans le jeu médiatique: "Les Français décodent tous les éléments qui pourraient être instrumentalisés dans la vie publique et sont absolument hérissés à l'idée de confusion des genres".

Dominique Wolton n'est pas plus optimiste quant à la théorie de l'enfant miracle. Selon lui, la grossesse de la première dame ne peut pas "jouer un rôle politique" car "Nicolas Sarkozy n'entretient pas de liens chaleureux avec les Français".

Le sociologue des médias renvoie tradition française et tradition américaine dos à dos : "Si par malheur l'Elysée développe une stratégie autour de la grossesse, ce sera perçu comme une pipolisation et une américanisation de la vie publique. Il ne faut pas prendre les Français pour des idiots", met-il en garde.