Un ouvrier travaille sur un chantier, le 22 juillet 2010, porte de Charenton à Paris.

Ces militants venus de toute la France - 5.000 selon les organisateurs, 2.100 selon la police - ont manifesté de la gare Montparnasse (XIVe arrondissement) au quartier Sèvres-Babylone (VIe arr.) derrière une banderole sur laquelle était inscrit: "Ceux qui vont mourir plus tôt doivent partir en retraite plus tôt".

Sur leurs pancartes, on pouvait lire "La pré-retraite, c'est pas un privilège, c'est un droit" ou "taux 0%, usés 100%", en référence au projet gouvernemental qui prévoit que seuls les salariés justifiant d'un taux d'incapacité permanente supérieur à 10% pourront continuer à partir en retraite à 60 ans, sous certaines conditions. Ce taux, initialement fixé à 20%, avait été revu à la baisse après la journée interprofessionnelle du 7 septembre.

"Il n'y a pas de prise en compte de la pénibilité mais seulement des victimes du travail. Le problème est que des facteurs comme le travail de nuit ou l'exposition à des produits cancérogènes ne laissent pas forcément de traces physiques et pourtant ils réduisent l'espérance de vie", a expliqué François Desriaux, porte-parole de l'association Andeva.

"Le gouvernement fait semblant de ne pas comprendre ce qu'est la pénibilité", a renchéri Arnaud de Broca, secrétaire général de la Fnath, qui réclame "des retraites anticipées" pour ceux "cassés dès 52 ou 53 ans et qui ne peuvent travailler jusqu'à 60 ans".

Pour les salariés qui ont été exposés à l'amiante, il existe une allocation de cessation anticipée d’activité (Acaata) qui permet une préretraite dans certains secteurs comme la réparation navale. "Le dispositif devrait continuer d'exister mais le fossé va se creuser avec les autres victimes du travail qui ne seront pas prises en charge", selon M. Desriaux.

"Mon mari est décédé à 60 ans, six mois après sa retraite, d'un cancer de l'amiante. Il faut une justice: beaucoup de gens meurent aux alentours de l'âge de la retraite et ne peuvent en profiter", a témoigné à l'AFP Jeannine Besnier, d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

De nombreux slogans de manifestants faisaient aussi référence à la demande d'un procès pénal: "Amiante, 10 morts par jour, ni responsable, ni coupable?", "Non à la suppression du juge d'instruction". Les premières plaintes de travailleurs exposés à l'amiante datent de 1996, mais l'enquête se heurte à la complexité du dossier et à un manque de moyens et de volonté politique d'établir les responsabilités, selon l'Andeva.