(ARCHIVES) Photo datée du 20 août 2010 du Premier ministre François Fillon et du President Nicolas Sarkozy (D) quittant le Fort of Bregancon, à Bormes-les-Mimosas

Avare en interviews depuis son arrivée à Matignon en mai 2007, le Premier ministre a accepté de répondre à des journalistes de France 2, revenant sur ses relations avec le chef de l'Etat, souvent décrites comme complexes tant les deux hommes ont des tempéraments différents.

Son rapprochement avec Nicolas Sarkozy, explique-t-il, est le fruit d'une "alliance" pour la présidentielle de 2007: "J'ai choisi de l'aider à être président de la République et je m'en félicite tous les jours".

Mais il ne lui doit pas plus. Alors qu'il apprécie qu'on le présente en fils spirituel de Philippe Séguin --dont le décès brutal lui avait arraché quelques sanglots dans la voix devant les caméras-- Nicolas Sarkozy en revanche n'est en rien son "mentor".

François Fillon refuse de mettre sa carrière politique, d'hier et de demain, sous la tutelle de l'actuel chef de l'Etat. Il juge notamment que "la place très importante" occupée par ce dernier au sein de l'exécutif "rend beaucoup de choses plus difficiles" qu'il "ne l'aurait imaginé".

Même si la question d'un successeur ne semble toujours pas réglée, il fait de moins en moins de doute que François Fillon se prépare à céder la place. Avant même cet entretien, il en avait donné des signes.

En plein coeur de l'été, il avait estimé n'avoir "plus rien à prouver". Il ne craignait pas non plus de prononcer le mot tabou de "rigueur" économique pour redresser les comptes publics, son éternelle marotte qu'il a longtemps mise sous le boisseau pour rester en phase avec la ligne élyséenne.

Il a aussi fait entendre sa petite musique sur la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy. Plus récemment devant le Conseil d'Etat, le Premier ministre a livré sa vision personnelle de l'Etat et de la République, aux accents de bilan de son action.

Et vendredi devant les parlementaires UMP, tout en restant sybillin --l'un de ses traits de caractère-- il a semblé poursuivre son testament de Premier ministre. "N'oubliez rien de l'énergie qui nous a portés jusque là. N'oubliez rien de la vague réformiste que nous avons enclenchée", a-t-il lancé.

La veille lors d'un dîner, il avait surpris par sa décontraction, prenant la peine de venir saluer une tablée de journalistes, qu'il fuit habituellement. Il sera aussi dimanche prochain invité de l'émission grand public Capital sur M6.

Autre indice d'un départ prochain: des collaborateurs de son cabinet qui ont quitté Matignon n'ont pas été remplacés. Sa fin de bail est "inéluctable", de l'avis d'un membre du gouvernement.

Mais une fois parti, que pourrait faire François Fillon? Il se garde bien de donner sa préférence pour cette "autre vie politique" qu'il juge possible après Matignon. Tout juste accepte-t-il de dire qu'il n'entend pas "recommencer presque en bas du terrain" et qu'il veut se "fixer un nouveau challenge".

Si on peut en conclure que la fonction de simple député de la Sarthe ne lui suffira pas, impossible de savoir ce qu'il ambitionne : prendre la tête de l'UMP, la présidence de l'Assemblée nationale en cas de vacance prochaine, la mairie de Paris en 2014 ou bien... la course à l'Elysée en 2017.

François Fillon partira en tout cas avec un atout de taille: sa popularité tant dans son camp que dans l'opinion. Tout comme Michel Rocard en 1991, mais dont la carrière n'a pas prospéré.