Philippe Croizon pris en photo par son fils après son départ de Folkestone le 18 septembre 2010

"J'ai réussi, c'est un truc de fou ! Je voulais y arriver !", a-t-il déclaré rayonnant de joie sur France Info, disant espérer être "un symbole du dépassement de soi".

Philippe Croizon a touché vers 21H15 les côtes françaises au pied d'une falaise, près du cap Gris-Nez, un endroit inaccessible depuis la terre, avant de repartir en bateau vers l'Angleterre pour des raisons administratives, selon son entourage.

Parti de Folkestone peu avant 8H00 (heure française) a ainsi réalisé son exploit avec environ dix heures d'avance. Il tablait au départ sur une durée denviron 24 heures pour parcourir les quelque 33 kilomètres (en ligne droite) entre les côtes anglaises et françaises.

"Il a été au bout de son rêve, c'est un grand champion", a dit son père Gérard Croizon. "Par sa performance il a mis le monde du handicap en valeur en montrant qu'il pouvait réaliser des exploits comme les gens valides", a-t-il ajouté.

"On est très fiers de lui ce soir, ça a été très difficile au niveau de la préparation, on est passés par des phases de doute mais ce soir on est heureux", a déclaré Monique Croizon, la mère du nageur.

La secrétaire d'Etat chargée de la Famille et de la Solidarité, Nadine Morano, qui s'est entretenue par téléphone avec Philippe Croizon, a salué une "performance sportive exceptionnelle", un "acte héroïque".

Philippe Croizon était "dans une super forme" au moment du départ ce matin", avec cependant "une petite boule au ventre", selon son entourage. On se réjouissait alors d'une météo "plutôt bonne", même avec "un peu de vent".

Dans la matinée, il a notamment croisé des dauphins, avec lesquels il a pu nager un moment.

Sa traversée a été consatée par un huissier, Alain Marécaux, acquitté dans l'affaire d'Outreau qui avait repris son activité en 2007.

Philippe Croizon avait été terrassé par plusieurs décharges de 20.000 volts en mars 1994 alors qu'il démontait une antenne de télévision, victime d'un arc électrique entre lui et une ligne à haute tension.

L'idée de cette traversée avait germé il y a 16 ans alors qu'il était sur son lit d'hôpital après l'accident, en voyant à la télévision un reportage sur une nageuse traversant la Manche.

Pour accomplir cet exploit, Philippe Croizon a fait concevoir des prothèses équipées de palmes fixées à ses moignons de jambes. Ses moignons de bras ne lui servent pas à avancer mais lui permettent de trouver l'équilibre et de ne pas souffrir du mal de mer.

En moyenne, il avance à un peu moins de trois kilomètres/heure contre une moyenne comprise entre quatre et cinq km/h pour les valides.

Il s'est entraîné pendant deux ans pour pouvoir accomplir sa performance hors-norme, un défi que ce père de deux enfants veut réaliser "pour moi, pour les miens et tous mes compagnons d'infortune qui n'ont plus goût à la vie", avait-t-il dit.

A force de ténacité et d'entraînement, pouvant atteindre jusqu'à 30 heures par semaine, M. Croizon a réussi en août à réaliser un aller-retour à la nage en 12 heures entre Noirmoutier (Vendée) et Pornic (Loire-Atlantique).

Il partait pourtant d'un niveau de forme très bas. "Quand je l'ai rencontré la première fois en septembre 2008, il était incapable de faire deux longueurs, il n'avait pas du tout de condition physique", se souvient son coach, Valérie Carbonel, rémunérée par la ville de Châtellerault (Vienne).