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Le CV anonyme permet, non pas d'être recruté, mais de franchir la première barrière liée aux préjugés sur la couleur de peau, la consonance étrangère du nom, le lieu de résidence ou l'âge, et d'être convoqué pour un entretien, selon ses promoteurs.
Son utilisation est prévue dans les entreprises de plus de 50 salariés depuis 2006, mais la loi est restée lettre morte faute de décret, alors même que la réalité des discriminations à l'embauche, pourtant interdite par le code du travail et passible d'amende et de prison, est largement attestée.
Reconnaissant qu'"il y a eu beaucoup d'hésitations voire de reculs sur ce dossier", le ministre du Travail Xavier Darcos a affirmé vouloir "solder le passé et passer à une nouvelle étape", lors de la présentation à l'Assemblée nationale de cette expérimentation, avec le commissaire à la Diversité Yazid Sabeg, le secrétaire d'Etat à l'Emploi Laurent Wauquiez et Eric Besson, en qualité de ministre de l'Intégration.
Dès cette semaine, en plus des 49 entreprises participantes, dont Accor, Eurodisney ou Total, 19.000 lettres seront envoyées par Pôle emploi aux entreprises de plus de 50 salariés de sept départements, leur proposant de participer à l'opération et de répondre ensuite à des questions sur les avantages ou inconvénients liés au CV anonyme.
Ces sept départements sont la Seine-Saint-Denis, le Nord, le Rhône, les Bouches-du-Rhône, le Bas-Rhin, la Loire-Atlantique et Paris.
"Et dans six mois, nous verrons quel décret mettre en oeuvre", a déclaré M. Sabeg, tandis que M. Darcos s'est dit confiant que "le CV anonyme, sorte de laboratoire de citoyenneté, démontrera son efficacité".
"L'expérimentation permettra d'engager une nouvelle négociation sociale (entre patronat et syndicats) en 2010", a-t-il dit.
"Rendre le CV anonyme obligatoire aujourd'hui serait un coup d'épée dans l'eau", a pour sa part exposé M. Wauquiez. "Tant qu'on aura pas fait le travail de pédagogie et montré que quand on change les pratiques de recrutement on recrute de meilleurs collaborateurs, qui vont apporter un supplément d'énergie, on n'aura rien à l'arrivée", a-t-il ajouté.
Parlant de réalités "atterrantes et indignes, tolérées depuis trop longtemps avec passivité", il a rappelé qu'"avoir un nom à consonance maghrébine fait qu'on a trois fois moins de chance de décrocher un entretien". Passé 50 ans, qu'on soit blanc ou noir, les chances d'entretien sont encore plus minces.
Resté sur sa faim, le président UMP de la commission des Affaires sociales Pierre Méhaignerie a invité le gouvernement à aller plus loin. "Les jeunes de banlieue n'attendront pas des années avant de réagir", a-t-il dit.

































