Des femmes voilées manifestent à Anvers, devant une école interdisant le port du voile,le 1er septembre 2009

Les élus belges ont voté à l'unanimité des groupes politiques une proposition de loi en ce sens.

Il ne s'agit à ce stade que d'un vote en commission. S'il est confirmé en séance plénière, ce qui ne fait pratiquement aucun doute, la Belgique deviendrait le premier pays européen à bannir intégralement le port de la burqa, sauf dans la sphère privée.

Un tel vote en plénière pourrait intervenir dès le 22 avril, permettant alors au texte d'entrer en vigueur d'ici l'été. Le port du voile intégral étant un phénomène marginal en Belgique, le vote se veut à portée surtout symbolique.

"C'est un signal très fort envoyé aux islamistes", a commenté le libéral francophone Denis Ducarme, en disant sa "fierté" que la Belgique montre l'exemple.

En France, une partie de la classe politique veut aussi que le pays se dote d'une législation sur l'interdiction "totale" du voile intégral, en dépit des réserves émises mardi par la plus haute juridiction administrative.

Selon le texte belge, les personnes qui "se présenteront dans l'espace public le visage masqué ou dissimulé, en tout ou en partie, par un vêtement de manière telle qu'ils ne soient plus identifiables" seront punis d'une amende et/ou d'une peine de prison de un à sept jours.

Par "espace public", il faut entendre "la voie publique", les jardins publics, terrains de sports ou "bâtiments destinés à l'usage du public", administrations, restaurants et magasins. Des exceptions sont prévues en période de carnaval.

Les députés ont motivé leur décision par deux arguments principaux: la question de la sécurité --il faut que chacun soit identifiable en tous lieux-- et celle de la "dignité de la femme" et du respect des "principes démocratiques fondamentaux", a souligné le chef du groupe libéral, Daniel Bacquelaine.

Un élu du parti d'extême droite flamand Vlaams Belang s'est réjoui du vote. "Il est vrai qu'il n'y a pas beaucoup de burqa (le vêtement traditionnel afghan cachant entièrement le visage), mais le niqab (voile laissant apparaître les yeux) commence à apparaître dans les rues", a-t-il commenté.

"Le port du voile intégral s'inscrit dans la liberté des individus, qui sont garantis par le droit belge, européen, international et les droits de l'homme", a indiqué pour sa part à l'AFP la vice-présidente de l'Exécutif des musulmans de Belgique, Isabelle Praille.

"Aujourd'hui c'est le voile intégral, demain c'est le voile, après-demain le turban des Sikhs, et après peut-être la mini-jupe", a-t-elle ajouté.

Si l'interdiction du voile intégral fait l'objet d'un large consensus en Belgique, le débat sur les signes religieux, notamment à l'école, est "beaucoup plus difficile", a souligné le député libéral flamand Bart Somers.

Côté francophone, une majorité de partis s'est prononcée pour un renforcement de son interdiction à l'école après qu'une enseignante musulmane de Charleroi (sud) a été autorisée par un tribunal à faire cours voilée, faute d'interdiction explicite dans la législation.

En Flandre (nord), le Conseil d'Etat a suspendu l'interdiction du port de signes religieux dans les écoles publiques, le temps pour la justice de décider si cette mesure est conforme à la Constitution.

Globalement, le monde politique belge se dirige vers une interdiction du voile pour les enseignantes et les fonctionnaires, mais reste plus divisé en ce qui concerne les élèves.