
AFP
Le jugement sera rendu le 11 décembre, une décision très attendue dans le monde feutré de la haute-couture.
Après quatre ans de procédure et de médiations restées vaines, le procès a duré quatre heures durant lesquelles les avocats des deux parties se sont affrontés face à cinq magistrats, volumineux dossiers à l'appui.
"L'honneur a été sauvé aujourd'hui. On a été entendu. Il y a des choses blessantes pour ma soi-disante mauvaise gestion mais je suis contente. Je suis allée jusqu'au bout et j'ai confiance en la justice", a affirmé Carmen Colle, la fondatrice de World Tricot, à l'issue de l'audience.
Fille d'immigrés italiens, Carmen Colle, ouvrière devenue animatrice de quartier, crée à la fin des années 1980 et avec l'aide de l'Abbé Pierre, sa société World Tricot à Lure (Haute-Saône), en vue de réinsérer des femmes sans emploi.
Très vite, cette femme joviale propulse son entreprise artisanale spécialisée dans la maille de luxe, auprès des plus grands noms de la haute couture dont Dior, Christian Lacroix, Givenchy, Kenzo. L'arrivée de Chanel, qui devient son principal client, sonne comme une consécration. Son histoire fait le tour du monde.
Mais en mars 2005, Carmen Colle dit reconnaître l'un de ses motifs sur une veste exposée en vitrine d'un magasin Chanel à Tokyo dont la confection a été confié à une entreprise italienne.
Après plusieurs lettres restées vaines et aucune réponse de Chanel, explique son avocat Me Pascal Crehange, World Tricot décide, en septembre 2005, d'assigner Chanel pour "contrefaçon" et "rupture abusive de relation contractuelle". Il réclame 2,5 millions d'euros de dommages et intérêts.
World Tricot accuse Chanel d'avoir copié l'un de ses échantillons sans son accord et revendique un "droit d'auteur-créateur" pour les fournisseurs des grandes marques. "Comme vous le savez, Chanel ne tricote pas", insiste l'avocat devant les magistrats.
Chanel réfute en bloc toute "contrefaçon", soulignant qu'elle en est plutôt victime. La griffe reconnaît "un savoir-faire technique d'exception à World Tricot mais pas un savoir-faire de création". "La propriété intellectuelle revient à Chanel", affirme l'avocat de la marque Me Gérard Delile.
Déplorant par ailleurs le "déchaînement médiatique sur cette affaire présentée comme David contre Goliath", il demande au tribunal "d'évacuer ce débat qui veut que le grand fabriquant insensible doit être reconnu coupable puisqu'il est riche". "Ce n'est pas parce qu'on est petit et qu'on est dans une situation difficile qu'on a raison", relève-t-il.
Il dénonce un "dénigrement" de la griffe Chanel vis-à-vis des clients et demande 500.000 euros pour "préjudice commercial d'atteinte à son image" et un euro de dédommagement pour "préjudice moral".
Chanel se dit totalement étranger aux déboires de World Tricot qui a perdu en 2003 des clients comme Kenzo ou LVMH "parce qu'ils avaient délocalisés" et souligne que la quasi-totalité de sa production est en France.
Placée à nouveau en redressement judiciaire en 2007, World Tricot joue sa survie. L'entreprise, qui emploie aujourd'hui douze salariés contre 90 entre 1999 et 2001, a été autorisée en janvier à poursuivre son activité pendant dix ans.
Déterminée, Carmen Colle a dit vouloir désormais "se remettre au travail dès lundi pour essayer de sauver mon entreprise".































