Boules de loto

Les 15 joueurs méridionaux, qui ont décroché vendredi soir le pactole de cent millions d'euros de l'Euro Millions, vont devoir apprendre à être riches comme l'ont fait avant eux d'autres grands gagnants.

Les 15 joueurs méridionaux, qui ont décroché vendredi soir le pactole de cent millions d'euros de l'Euro Millions, vont devoir apprendre à être riches comme l'ont fait avant eux d'autres grands gagnants.

Chacun va en effet empocher 6.666.666 euros, une somme suffisante pour arrêter de travailler à condition de gérer au mieux émotions et argent.

Ils pourront se réunir dans des dîners et des "groupes de paroles" organisés par la Française des Jeux (FDJ) pour les gagnants de plus d'un million d'euros qui souhaitent être aidés pour assumer leur nouvelle vie. Selon la FDJ, chaque année, une centaine de gagnants du Loto ou de l'Euro Millions touchent des sommes supérieures à un million d'euros.

Pourtant, assure-t-on à la FDJ, les cas de gagnants "dépassés et désorientés" par leur nouvelle richesse sont relativement rares. Il y a celui de cet ancien boucher de Bègles (26 millions d'euros à l'Euro Millions en 2004) qui multiplie les infractions au volant de sa Ferrari ou celui d'un couple de l'Est (l'équivalent d'un million d'euros dans les années 80 au Loto) qui s'est retrouvé avec un niveau de dettes supérieur à celui précédant leur gain.

Le premier cap à passer, selon les témoignages de cinq gagnants rencontrés par l'AFP il y a un an, est celui du tirage : "violente émotion", "gros stress", "perte du sommeil et de l'appétit", disent-ils. Jacques (53 millions de francs, 8,80 millions d'euros en 1991) racontait qu'il avait mis "au moins six mois" à s'en remettre.

L'émotion passée, ces nouveaux riches sont plutôt prudents. Ils suivent les conseils de la FDJ qui leur a remis un "passeport gagnant" avec des conseils de bon sens : déposer le chèque au plus tôt, ne pas laisser dormir son argent, se faire plaisir, réfléchir à son futur niveau de vie ...

Très discrets avec leurs anciens collègues de travail et leur famille, les gagnants disent apprécier ces dîners et ces "groupes de paroles" où ils échangent interrogations, problèmes et ... récits de voyage. Ces réunions, "c'est un peu un club privé où l'on est content de se retrouver", relevait Bob (7 millions d'euros en 2007).

Deux sociologues, spécialistes de la haute bourgeoisie et de ses codes, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, bouclent actuellement un livre sur les comportements des grands gagnants. Cet ouvrage inédit, qui paraîtra chez Payot en mars 2010, est issu de rencontres et d'interviews d'une centaine de gagnants ayant remporté de 1 à 75 millions d'euros.

Il y a un an, les deux auteurs avaient levé une partie du voile sur leurs travaux. Les gagnants, racontaient ces deux sociologues, ont comme premier souci, celui de l'anonymat et de la discrétion et connaissent donc un "plaisir intense" à se retrouver pour partager "le même secret".

Ces gagnants, ajoutaient-ils, se voient dans des grands hôtels où, selon le terme maritime, "ils commencent à s'amariner" à la richesse car, "avoir de l'argent ne suffit pas pour pouvoir être à l'aise dans certains endroits de luxe".

De même, "la dilapidation est loin d'être la règle chez ces gagnants qui disent vouloir préserver et transmettre leur nouvelle fortune", expliquaient alors Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot.

"L'argent du Loto ou de l'Euro Millions fait bien le bonheur", concluait Monique Pinçon-Charlot, "mais sous certaines conditions, celles du partage, de la préservation et de la transmission" de ce pactole "tombé du ciel".