Un exemplaire du journal France-Soir en kiosques

Le projet de France Soir, quotidien né en 1944, d'abandonner définitivement le papier au profit du net et les négociations d'alliance du Groupe Hersant Media (GHM) avec le Belge Rossel, constituent les derniers épisodes en date d'une crise sourde, sur fond de baisse des ventes et de recettes publicitaires insuffisantes.

Car même dans la presse de province, longtemps prospère, des mutations sont en cours: en s'alliant à Rossel, GHM (27 titres régionaux) va réaliser des économies, mais aussi effacer la moitié d'une dette estimée à environ 200 millions d'euros, près du quart de son chiffre d'affaires.

La presse a subi de plein fouet les conséquences de la crise économique amorcée en 2008. Selon les titres, la publicité en 2009 a reculé de 10% à 30% en valeur alors que les ventes chutaient en moyenne de 7%.

Une légère reprise de la pub à partir de la mi-2010 et un regain sensible des ventes au numéro depuis 2011 grâce à une actualité forte (Fukushima, Ben Laden, DSK...) n'ont pas suffi à remettre à flot un secteur considéré comme sous-capitalisé, tout en étant amplement aidé par les pouvoirs publics puisque l'an dernier, le total des aides d'Etat à la presse écrite dépassait le milliard d'euros.

Les plans sociaux se multiplient: suppressions de postes et reclassements au groupe Amaury (Le Parisien) malgré un programme d'investissement de 30 millions d'euros; réduction drastique prévue à l'imprimerie du Monde (moins 170 postes sur 235 dans la plus haute hypothèse).

Un plan d'économies est en cours à La Tribune, dont la trésorerie se rapproche de zéro et Paris Normandie (Groupe Hersant Médias) risque l'asphyxie financière.

Chute inexorable

Deux titres, France Soir et La Tribune, sont sous protection de la justice, après avoir demandé leur mise sous clause de sauvegarde, une procédure permettant de geler temporairement leurs créances le temps de se redresser. Jusqu'alors, seul Libération avait recouru, avec succès, à une telle démarche.

Au groupe Le Monde, la situation financière est globalement assainie, sauf au Monde Imprimerie où la restructuration est douloureuse et le bras de fer syndicat/direction engagé, au prix de trois jours consécutifs sans sortie des rotatives, du jamais vu dans l'histoire du journal.

France Soir, après plusieurs décennies triomphales, a depuis les années 80 connu une chute inexorable de ses ventes. Le titre est passé de mains en mains jusqu'à sa relance en 2010 par un milliardaire russe qui a injecté en moins de deux ans près de 100 millions d'euros.

Sous sauvegarde jusque fin décembre, France Soir doit annoncer vendredi la fin de son édition papier, une première historique dans la presse quotidienne en France. A la clé, une menace pour plus des deux tiers des effectifs (120 salariés).

A La Tribune, plus de 40 millions d’euros de trésorerie ont été engloutis depuis la reprise du titre il y a trois ans. Dans le même temps, selon des sources syndicales, les effectifs sont passés de 145 personnes (dont 117 journalistes) fin 2008 à 114 salariés (dont 82 journalistes) début 2011.

La négociation d'un plan social supprimant 17 postes est au point mort, syndicats et direction s'en renvoyant la responsabilité.

Pour l'instant, la presse magazine tire encore son épingle du jeu, au point que certains titres misent maintenant sur leurs suppléments en papier glacé pour relancer leurs ventes.