Le Massif Central est au centre de la Vème République. George Pompidou était né à Montboudif ; Giscard d'Estaing avait son château à Chamalières ; Château-Chinon était la capitale électorale de François Mitterrand ; la famille de Jacques Chirac était originaire de Corrèze, c'est devenu son pays ; et François Hollande a été adopté par Tulle et tout le département.
Le nouveau Président a non seulement à partager la Corrèze avec Jacques Chirac, mais à l’image de François Mitterrand, il rend hommage à George Pompidou, Premier ministre du Général de Gaulle de 1962 à 1968, et Président de la République de 1969 à sa mort, en 1974. François Hollande a, en effet, déclaré au journaliste Franz-Olivier Giesbert : "Pompidou, c’était un président normal", qui avait, en effet, su désacraliser la fonction présidentielle.
Mais dans l’esprit du nouveau Président socialiste, non seulement George Pompidou, radical-gaulliste, fut un président d’une grande simplicité, mais il avait une autre qualité qui intéresse beaucoup François Hollande : son grand dessein fut l’industrialisation de la France. Parmi ses réussites : le nucléaire, le TGV, Airbus. Son crédo : la prospérité économique, ce qui le poussait à pratiquer un grand réalisme politique. Pompidou de gauche : tout un programme !
Serge July
La gauche a longtemps maudit les institutions de la Vème République comme ayant été conçues pour l’éloigner définitivement du pouvoir, pour lui rendre le chemin de l’exécutif inaccessible. François Mitterrand avait compris d’emblée que c’était sa chance et celle de la gauche. Mais il avait mis vingt-trois ans avant de l’emporter. Il est vrai qu’une fois à l’Elysée, il avait su y rester quatorze ans. Et Lionel Jospin était parvenu à gouverner à son tour pendant cinq ans.
François Hollande vient de renouveler la performance. Si la gauche est majoritaire aux législatives en juin prochain, le nouveau président fera mieux que Charles de Gaulle : la gauche aura en effet tout gagné, les régions, les départements, les villes, tout y compris le Sénat que le fondateur de la Vème avait contre lui.
Serge July
Le débat entre Nicolas Sarkozy et François Hollande m’a fait penser à un James Bond de 1983, "Jamais plus jamais", où le héros doit affronter son adversaire, dans un jeu vidéo qui s’appelle "le jeu de la domination mondiale", avec des décharges électriques dans les poignées. Et l’inventeur trouve un rival à sa mesure.
Le sujet du débat présidentiel de l’entre-deux tours fut également une affaire de domination. Le Président en exercice est dominateur depuis longtemps et il le fut. Sur ce terrain de l’affrontement présidentiel, François Hollande faisait figure de débutant, qui plus est trainant derrière lui un soupçon de mollesse, et si j’ose un reste de Flamby.
Nicolas Sarkozy n’est jamais parvenu à le déstabiliser et le candidat socialiste a dominé plusieurs séquences. Ce n’est pas tant Nicolas Sarkozy qui a démérité dans cet exercice où il excelle, que François Hollande qui est apparu pugnace, déjouant les pièges, se battant pied à pied, concluant souvent l’échange, et se révélant aussi dominateur que son adversaire. Et le faux mou est devenu un vrai dur.
Serge July
Avant, il y avait des "frontistes" et des "lepénistes". Désormais, il y a des "marinistes". Marine Le Pen utilise de plus en plus souvent ce néologisme pour désigner ses partisans. Elle parle des élections législatives à venir et évoque les "députés marinistes et les députés socialistes". Voici venu le temps, selon son entourage, du "marinisme décomplexé".
Le marinisme existe et il n’a rien à voir avec la descendance de Jean-Marie Le Pen. Il s’agit du Cavalier Marin, né à Naples, un poète baroque qui publia "L’Adone" en 1623. Strictement aucune parenté.
En revanche, le marinisme contemporain "marine", si j’ose dire, depuis longtemps. Lors des dernières élections cantonales, son entourage parlait déjà de "vague bleue marine" et a réussi sa main mise sur le FN en utilisant son prénom comme une marque de prêt-à-penser. Cette femme, qui avait un nom très encombrant, s’est fait un prénom pour mieux s’en distinguer. Le marinisme rompt avec le vieux néo-facho et annonce le futur parti populiste.
Elle rêve de changer la droite française pour y jouer sa partition. Mais ce marinisme dit bien ce qu’il veut dire : nous sommes dans le culte de la personnalité totalement assumé. Il y a un hic : c’est tout sauf démocratique.
Serge July
L’extrême droite populiste autrichienne totalise 28%. L’UDC en Suisse, avec plus de 26%, est le premier parti du parlement de la Confédération. Le Parti du progrès, en Norvège, capte 23% de l’électorat. Le Parti des vrais Finlandais réalise le même score que Marine Le Pen. Au Danemark, ils font partie de la coalition gouvernementale.
Le populisme d’extrême droite s’est implanté quasiment dans toute l’Europe, avec quelques exceptions : l’Espagne, le Portugal, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Tous ces partis se ressemblent. Ils ne sont pas forcément les produits de la crise économique : la Suisse et l’Autriche y résistent très bien. Mais ce sont bien tous des enfants de la crise de l’Europe libérale, aveugle, sans identité et sans réelle démocratie.
Serge July
Cinq ans après, l’échec est patent. Non seulement il n’est pas parvenu à réduire l’influence de la famille Le Pen à la portion congrue, comme il l’avait annoncé urbi et orbi, mais le score frontiste a doublé sous son mandat. Au soir du 22 avril, c'est une défaite politique aux multiples retentissements.
Pire, le siphon s’est inversé. Nicolas Sarkozy a évité un 21 avril à l’envers, c’est à dire son élimination par Marine le Pen, en faisant une campagne inspirée par le Front National, dont tous les thèmes ont été clonés par l’éminence grise du chef de l'Etat, le très droitier Patrick Buisson.
La moralité de cette histoire a été donnée par Le Pen père, qui avait dit que les électeurs préfèreront toujours l’original à la copie. Sur ce point, il avait raison. A force de copier le Front national, celui-ci devient de plus en plus légitime. Et la droite française en est toute gangrenée.
La sanction a été immédiate : Nicolas Sarkozy a abordé la dernière semaine de campagne en recul dans tous les sondages. Les électeurs séduits par les engagements ultra-droitiers sont tombés de l’armoire quand ils ont cru comprendre que voter Sarkozy signifiait en réalité François Bayrou à Matignon. Cette très hypothétique nomination a eu pour effet d’invalider l’agitation présidentielle depuis le 15 février.
Au début de cette semaine, Nicolas Sarkozy a dû démentir : "Je ne nommerai jamais Bayrou à Matignon". Ce pas de deux résume parfaitement la contradiction au milieu de laquelle se trouve Nicolas Sarkozy qui doit séduire à la fois des électeurs chauffés par Marine Le Pen et d’autres charmés par la musique de chambre de François Bayrou. Car la déchirure est à vif. Le président-candidat n’a toujours pas trouvé l’histoire susceptible de les rassembler.
Serge July
Nicolas Sarkozy, lui, ne voulait pas laisser la dynamique des foules à François Hollande. Voilà pourquoi il avait convoqué "la majorité silencieuse" à la Concorde. La dernière fois qu'elle avait défilée, c'était le 30 mai 1968, contre la "Chienlit". Ils étaient alors un million de contre-manifestants. 120.000 personnes c'est peut-être une grande performance pour l'UMP, mais c'est aussi étriqué qu'une minorité silencieuse. 120.000 est devenu un standard 2012. En-dessous, plus personne n'existe !
Jean-Luc Mélenchon a naturellement relevé le défi : il a convoqué une grande manifestation le 19 avril à Paris. A ce rythme-là, Nicolas Sarkozy risque de devoir mettre, entre les deux tours, plusieurs centaines de milliers de personnes sur les Champs-Elysées, tout comme François Hollande qui devra, lui, pour l'emporter, occuper au hasard, la place de la Nation avec un score encore supérieur. Je ne sais pas où nous entraîne cette surenchère jamais vue…
Serge July






