Des pommes de terres

"L'introduction sur le marché est prévue pour 2014 ou 2015", a précisé le groupe allemand, numéro un européen de la chimie, qui a développé ces dernières années ses activités dans les organismes génétiquement modifiés.

"Cette pomme de terre est principalement destinée à l'alimentation humaine", ainsi qu'à l'alimentation animale, a expliqué un porte-parole de BASF à l'AFP. Elle est dérivée des pommes de terres Fontane, l'une des variétés les plus utilisées pour la fabrication de frites.

"La prochaine étape du processus d'autorisation consiste pour l'autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) à en tester la sécurité pour les humains, les animaux et l'environnement", selon BASF.

L'EFSA indiquait toutefois lundi ne pas avoir encore reçu la demande de BASF, qui doit lui être transmise par la Commission européenne.

Elle n'a ensuite "pas de délai imposé" pour rendre son avis scientifique, et "certaines demandes n'arrivent jamais à bout", des industriels cessant de répondre aux demandes de précisions scientifiques des autorités, a souligné un porte-parole de l'EFSA.

La décision d'autorisation revient ensuite à la Commission européenne et aux Etats-membres.

Fortuna résiste au Mildiou, un parasite très dévastateur pour les cultures de pomme de terre qui fut notamment l'une des causes de la grande famine irlandaise au XIXe siècle, et détruit encore jusqu'à 20% des récoltes annuelles de pommes de terre dans le monde, selon le groupe allemand.

BASF explique être parvenu à utiliser deux gènes de résistance au mildiou prélevés sur une variété sauvage de pomme de terre sud-américaine.

Si l'Union européenne l'autorisait, il s'agirait de la première pomme de terre OGM à pouvoir se retrouver dans nos assiettes. L'UE accepte déjà les produits alimentaires contenant diverses sortes de maïs, colza, soja et betterave OGM.

En termes de culture à des fins commerciales, seuls deux OGM sont déjà autorisés en Europe: le maïs MON810 de la multinationale américaine Monsanto et la pomme de terre Amflora, de BASF.

Cette dernière peut se retrouver dans l'alimentation humaine, mais n'est tolérée qu'à hauteur de 0,9% du produit maximum. Elle est avant tout destinée aux usages industriels (amidon pour la pâte à papier et engrais pour le jus), et à l'alimentation animale (pulpe).

Il s'était écoulé près de 14 ans entre la demande d'autorisation déposée par BASF en 1996, et la réponse favorable des autorités européennes (2010).

BASF a également déjà demandé l'autorisation d'Amadea, une variante plus récente d'Amflora. Le groupe avait connu des déboires en 2010, lorsque les autorités suédoises avaient trouvé dans un champ d'Amflora, déjà autorisée à la culture, des fleurs d'Amadea, une autre pomme de terre génétiquement modifiée mais non encore autorisée en culture à des fins commerciale.

Il s'agissait d'une "erreur humaine", s'était justifié le groupe, tandis que la Commission européenne demandait la destruction des champs.

"Il ne faut pas produire de produits alimentaires de base génétiquement modifiés", a réagi lundi Stephanie Töwe, spécialiste des OGM chez Greenpeace Allemagne, pointant les risques de dissémination des modifications génétiques aux cultures traditionnelles.

"Une production non-OGM durable n'est ensuite plus possible", a-t-elle ajouté.